"BUILDINGS KALINA"


Yannick Van Colen



Le territoire des jeunes des coopérants belges de la CTB. (Coopération Technique Belge).

Je vois le jour un 30 juin 1965 avec un mois d'avance sur le programme..


Je décide d'arriver au monde à Matadi, le jour du départ en bateau de mes parents pour la Belgique.
Les valises sont déjà dans le bateau, la ville est bloquée par le défilé et mon grand frère a fait caca sur la chemise de mon Papa... ça commence bien donc !

Je vais apprendre à marcher à Thysville où mes parents sont professeurs.
Nous déménageons à la grande ville en 1969. Mon grand frère doit aller à la grande école.


J'ai Quatre ans et La Grande Aventure des buildings commence !

Je vais faire la connaissance d'une ribambelle de nouveaux copains avec qui nous allons vivre 14 années d'escapades, de découvertes et inévitablement de bêtises de gosses. Nous allons partager les mêmes bancs d'écoles, les mêmes sièges de voiture lorsque nos parents nous déposent à l'EPPL, les mêmes ascenseurs qui nous conduisent à nos appartements, les mêmes bagarres et les mêmes amourettes. Nous allons rouler sur les mêmes vélos "cyclor", nous allons faire les mêmes "conneries". La Grande Aventure !


La parcelle est immense. Elle grouille de gosses de coopérants. Des coopérants provenant de dizaines de nations différentes.
Notre terrain de jeu est sans limite.On peut jouer à tout ce qu'on veut.
La "piscine" se transforme , en fonction des saisons, en piste de patins à roulettes ou en marre aux grenouilles.
Les allées du parc nous permettent de rouler à vélo, en skate-board. Les garages servent de cachettes, on les utilise aussi pour écrire sur les murs nos premiers messages d'amour.
On adore jouer dans les ascenseurs.
Il y a des centaines d'arbres dans lesquels on peut grimper.


    Les jeux vont évoluer avec l'âge :

  • Les pétards et les fusées envoyés dans les balcons du building d'en face au milieu de la nuit.
  • Les carabines à plomb avec lesquelles on tire sur les machines à écrire des fonctionnaires Zaïrois qui travaillent la fenêtre ouverte dans le building de derrière.
  • Les machineries qui nous permettent de prendre les commandes des ascenseurs aux dépends de ceux qui s'y trouvent...
  • Les boîtes de conserves accrochées aux voitures.les crapauds jetés en parachute ou balancés dans les balcons.
  • Les escapades nocturnes avec les voitures de nos parents.
  • Les feux de brousse qu'on allume en quelques secondes et que d'autres vont mettre des heures à éteindre.
  • Les extincteurs transformés en lance-flamme.Très spectaculaire la nuit.Enormément de monde aux balcons...
Les toits des buildings qui deviennent notre domaine.
Certains y vont pour bronzer,d'autres pour bécotter.



Notre bande y allait pour tirer à la carabine à plomb sur les corbeaux ou sur la vaisselle de la table dressée pour manger. Il ne fallait jamais laisser une fenêtre ouverte...Les fous rires inimaginables lorsque nous scrutions nos victimes en train d'éteindre les lumières, de se cacher derrière les rideaux et puis surgir aux fenêtres pour nous débusquer. Curieusement, ils regardaient tous en bas...Le danger venait d'en haut !



J'en oublie : impossible de tout raconter.On pourrait écrire un roman.

La malle aux souvenirs s'est remplie durant quatorze années ... elle se referme en 1983.
La commission mixte Belgo-Zaïroise a scellé le sort de beaucoup de nos parents : le retour définitif en Belgique est inévitable.
Les copains de toujours se séparent dans les avions qui les ramènent en Belgique.
Notre dernière soirée est mémorable...

Le jour où nous avons quitté les buildings, nous savions que leur sort était scellés également.
Le papa Gilson entre autres était le gardien des ascenseurs,de la cabine électrique et de tous les secrets de notre building.
Il a maintenu l'outil en marche.Grâce à lui, des milliards de marches ont été evitées aux nombreuses familles de l'immeuble.
Beaucoup de nos parents se sont personnelement investis dans la préservation du domaine.
Je tiens à les remercier chaleureusement pour tout ces efforts.
Je tiens à les remercier pour leur patience vis à vis de nous.

Nous avons beaucoup de bétises à nous faire pardonner...



J'ai toujours eu envie de revenir dans le quartier.
J'ai toujours eu envie de revoir "mon building" : cette envie me trotte dans la tête depuis 24 ans...

Je remercie Fred de m'avoir permis, grâce à son objectif, de revoir "mon building".

Je suis certain que ces quelques images de "notre quartier" vont raviver des milliers de souvenirs chez tous les gens qui ont vécu dans "les buildings".

Merci Fred !


Yannick VANCOLEN


           

           

           

           

           

           

   

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